16 juillet 2012

Vieille




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Elle regarde passer les jours. Certains observent les étoiles la nuit, d’autres assis devant leur maison regardent passer la vie. Ils ont le droit et parce qu’ils le prennent, le droit, ils se retrouvent près de la barrière invisible. Ça s’appelle l’ennui. Dans ses yeux tout noirs, plus profond qu’un cercle d’eau sur une mare, les gens, quand ils la regardent, et qu’elle leur fait signe assise sur sa chaise en bois, ils voient la distance. Elle les embrasse lorsqu’ils s’approchent d’elle, parce qu’ils l’appellent Tshukuminu, quand ils lui parlent. Des cheveux à peine gris et de la lourdeur sur les hanches. Des gestes lents. Des plis sur les mains. De l’ennui, à peine caché dans les yeux. Certainement, il y a un moment où le passé est plus fort que demain. Où elle se retrouve complètement nue, dans un monde qui ne lui appartient plus. Parce que les enfants de ses petits-enfants arrivent en courant, quêtant un dollar ou deux. Les endroits qui étaient siens, à force de les habiter, sans contrat d’achat, sans avoir eu à payer. Le coin de la rue, où elle avait bâti un foyer sûr et chaud. La poussière, toute cette poussière sur les murs. Toute cette poussière qu’elle avait respirée. Et le sable qu’elle avait balayé. Des années entières. Pour être prête quand le train arriverait, qu’elle le verrait descendre avec son sac sur le dos. Qu’elle verrait son sourire. Qu’il l’a prendrait dans ses bras. L’éternité parfois c’est quelques mois. Elle n'aurait jamais voulu qu'il parte avant lui. Se réveiller un matin, et prendre conscience qu'il l'avait laissée, pour jamais. Elle n'avait jamais vécu autre choses que l'attente et le retour. Les sentiments opaques de bonheur et de tristesse. Elle reste assise, longtemps sur sa galerie. Semble absente, dans un ailleurs où elle pleure sans gêne. Les gens commencent à murmurer. La sénilité ou l’oubli. Elle s’éloigne chaque matin. Moi, moi je sais que c’est l’ennui.

Par Naomie Fontaine :innu


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