21 avril 2013

La vie dans les pensionnats indiens




Pendant plus d’un siècle, des générations d’enfants autochtones ont été séparés de leurs parents et élevés dans des pensionnats surpeuplés, sous-financés et souvent insalubres répartis d’un bout à l’autre du Canada. Ils se voyaient en général interdire de parler leur langue et dire que leurs pratiques culturelles étaient immorales. Certains élèves étaient des années sans voir leurs parents. D’autres victimes d’un taux de mortalité scandaleusement élevé n’ont jamais revu leur foyer. Même selon les standards du jour, la discipline imposée était souvent excessivement rigoureuse. Faute de supervision, les élèves étaient la proie
de prédateurs sexuels. En bref, les besoins de dizaines de milliers d’enfants autochtones ont été systématiquement négligés. Beaucoup trop d’enfants ont été trop souvent victimes de mauvais traitements.

C’est l’histoire d’une tentative de
destruction au nom de la civilisation.


Les pensionnats indiens devaient permettre aux peuples autochtones de faire le saut vers la civilisation. Certains prétendent encore que, malgré leur côté détestable, les pensionnats indiens ont au moins aidé les peuples autochtones à se civiliser. Ils auraient été le prix du progrès. Ces positions sont inacceptables. Elles présupposent qu’il est possible de classer les sociétés selon leur valeur
conformément à un système dans lequel les sociétés autochtones sont qualifiées de primitives et de sauvages. Les sociétés européennes ont déterminé qu’elles avaient atteint le sommet de l’échelle et se sont décrétées civilisées. Figuraient au nombre des critères retenus pour déterminer qu’une société était supposément « civilisée » des éléments tels que le degré d’organisation sociale, le développement moral et
éthique, et le niveau technologique. De fait, il s’agissait d’un jugement fortement biaisé, d’ordinaire porté par une société puissante au sujet d’une autre moins puissante dont elle convoitait les terres et les ressources et dont elle comprenait mal ou craignait les particularités sociales et culturelles. Le processus de destruction et de transformation des sociétés autochtones déclenché au nom de la civilisation n’a pas représenté un progrès pour les membres de ces sociétés. Celles-ci comprenaient déjà très bien leur environnement.
Elles avaient élaboré des pratiques et des technologies leur permettant d’en tirer leur subsistance de façon efficiente et durable. Elles avaient toutes un ensemble de croyances spirituelles qui en assuraient la cohérence. Elles étaient dotées de structures sociales prenant appui sur des principes et des valeurs bien définis. Elles n’étaient pas exemptes de violence et de problèmes sociaux, mais les sociétés qui
cherchaient à les civiliser n’en étaient pas plus exemptes. Le processus de « civilisation » a été dans les faits un processus de destruction d’un continent riche en civilisations.

Il s’agit d’un épisode honteux
de l’histoire canadienne.

Le gouvernement canadien a assumé de lourdes responsabilités lorsqu’il a créé les pensionnats indiens.
L’éducation, affirmait-on, allait « civiliser » les Autochtones. Les enfants devaient être nourris et logés, et acquérir des compétences et une formation professionnelle qui leur permettraient de subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Cependant, une fois les pensionnats mis en place, les politiciens se sont rendu compte qu’ils avaient sous-estimé les coûts afférents à la mise en oeuvre d’un système à la fois
humain et efficace. Ils ont su dès les premiers jours que les pensionnats n’arrivaient pas à offrir aux enfants l’éducation dont ils avaient besoin et l’attention à laquelle ils avaient droit.


«
… l’intégration scolaire
constitue la première phase
vers la dissolution de la
plupart des réserves …
» 
Le rapport Hawthorn, 1967



Civiliser et christianiser



Les représentants du gouvernement et des Églises ont souvent répété que les pensionnats avaient pour objectif de civiliser et de christianiser les enfants autochtones. Mises en pratique, ces ambitions apparemment nobles ont donné lieu à une attaque en règle contre la culture, la langue et les croyances et pratiques spirituelles autochtones. On considérait que les pensionnats étaient préférables aux externats dans les réserves parce qu’ils permettaient de séparer les enfants de leurs parents, dont on était certain
qu’ils allaient s’opposer à une transformation culturelle aussi radicale et résister. L’intention du gouvernement de briser les liens familiaux au sein des communautés autochtones s’est clairement manifestée dès le départ. Quelques années plus tard, en 1887, Lawrence Vankoughnet, sous-ministre des Affaires indiennes, justifiait l’investissement consenti dans les pensionnats indiens en déclarant que les enfants autochtones  qui fréquentaient les externats « suivaient le terrible exemple donné par leurs parents ». L’archevêque de Saint-Boniface écrivait en 1912 au sujet de la nécessité de placer les enfants autochtones dans les pensionnats dès l’âge de six ans, parce qu’il fallait « les prendre en mains jeunes afin de les
soustraire à l’influence dans l’ensemble débilitante de leur milieu familial ». Ces écoles représentaient plus qu’un assaut contre les familles. Elles s’inscrivaient dans une politique plus globale du gouvernement visant à le délester des responsabilités économiques et sociales qu’il avait assumées dans le cadre des traités. Cette politique s’articulait autour de la Loi sur les Indiens, qui, en 1876, refondait toutes les lois régissant les Indiens du Canada. La loi à la fois définissait le statut d’Indien conformément à la loi canadienne et établissait le processus au terme duquel les détenteurs de ce statut allaient cesser
d’être des Indiens. Elle conférait au gouvernement canadien la responsabilité de régir la gouvernance, l’économie, la vie religieuse, les terres, l’éducation et même la vie personnelle des Autochtones. Elle donnait au Cabinet fédéral le pouvoir de déposer les chefs et de renverser les décisions des bandes—
pouvoir dont s’est servi le gouvernement pour avoir la main mise sur les gouvernements des bandes. Les agriculteurs indiens se virent interdire de vendre leurs produits sans l’approbation de l’agent des Indiens, fonctionnaire responsable de l’application au jour le jour de la loi. Des dispositions de la Loi sur les Indiens interdisaient aux Indiens de participer à certaines cérémonies sacrées telles que la cérémonie du potlatch sur la côte ouest et celle de la danse du soleil dans les Prairies. Les Indiens ne pouvaient pas posséder de terres dans les réserves à titre individuel, ni de terres offertes comme lots de colonisation aux autres Canadiens. La loi imposait de nouvelles restrictions aux droits de chasse autochtones. Si une ville avait besoin de mettre la main sur les terres dans les réserves pour poursuivre son expansion, le gouvernement avait le pouvoir de déplacer les bandes. Le gouvernement étendait également son pouvoir de louer ou céder des terres de réserve sans l’autorisation des bandes. La loi interdisait aux Indiens de posséder de l’alcool ou de
fréquenter les salles de billard. La loi visait en dernier recours à éliminer le statut d’Indien.


«
Il est peu probable qu’une
tribu dont les membres ont
des enfants qui sont pour
ainsi dire entre les mains
de l’État constitue une
menace sérieuse pour le
gouvernement.
»
 Inspecteur d’école des Affaires autochtones





La faim : « La première et la dernière
chose dont je me souvienne. »

Frederick Loft, futur fondateur de la Ligue des Indiens du Canada, une des premières organisations politiques nationales autochtones au Canada, avait fréquenté l’Institut Mohawk de Brantford, en Ontario, en 1873. Plusieurs années plus tard, il écrivait : « Je me rappelle les fois où je travaillais aux champs, j’avais en réalité trop faim pour être capable de marcher, et encore moins de travailler »96. Cinquante ans plus tard, George Manuel, qui devait par la suite participer à la fondation de la Fraternité nationale des Indiens et du Conseil mondial des peuples indigènes, a fréquenté le pensionnat de Kamloops. À ce sujet, il écrivait : « La faim est la première et la dernière chose dont je me souvienne à propos du pensionnat.… Tous les élèves indiens criaient famine »97. C’était un problème qui refusait de disparaître. Mabel James, élève du pensionnat St-Michael à Alert Bay, en Colombie-Britannique, de 1951 à 1959, était hantée par les mêmes souvenirs que Frederick Loft et George Manuel. « J’étais constamment tenaillée par la faim. Nous ne recevions pas de grosses portions. Le menu était peu varié »98.Pauline Creeley disait des élèves du pensionnat de File Hills : « Nous avions toujours faim. Le déjeuner standard était constitué de gruau et de lait écrémé. Au dîner, on nous servait une sorte de bouillie, un ragoût quelconque, un pouding et une tranche de pain, sans beurre. Au souper, nous avions droit à la même sorte de bouillie et à quelques légumes »99. Selon Magee Shaw, le déjeuner au pensionnat Saint-Bernard en Saskatchewan se composait « de gruau, sans lait ni sucre, et nous étions assises en silence dans une grande salle »100. Theresa Meltenberger, qui fréquenta pendant cinq ans le pensionnat de Lac la Biche dans les années 1930 et 1940, déclarait : « L’élément principal de notre alimentation était un gruau constitué de blé concassé qui, après avoir reposé toute la nuit sur l’arrière du poêle, était rempli de grumeaux et prenait une texture visqueuse. Comme j’étais incapable de l’avaler, je passais pour l’essentiel mes matins assise devant mon bol de gruau—encore aujourd’hui, je me sens mal dès que je vois du gruau »101. Les haricots étaient tellement souvent au menu des
pensionnats que certains élèves métis de l’Alberta en vinrent à être surnommés des « haricots de mission »
.
 Geraldine Schroeder se rappelait qu’à Kamloops, les élèves plus jeunes nettoyaient les haricots secs et omettaient parfois d’en éliminer toutes les pierres. « La première chose que vous saviez, vous étiez en train de mastiquer et vous vous fracturiez soudain une dent en croquant une pierre »103.
Non seulement de nombreux élèves étaient-ils affamés, mais ils avaient de la difficulté à s’adapter à un régime alimentaire différent de celui auquel ils étaient habitués à la maison. Au pensionnat de Lejac, Mary John « s’ennuyait de l’orignal rôti, de la viande de castor séchée, du poisson tout droit sorti de la poêle à frire, du pain chaud et du pain bannock et des baies. Oh, comme je regrettais la nourriture
que j’avais l’habitude de manger chez moi »104. Les enfants admis dans les pensionnats indiens avaient rarement mangé des légumes cuits, du macaroni, des oeufs, du fromage ou des viandes transformées. En tant qu’élève du pensionnat catholique romain d’Aklavik, le jeune Anthony Thrasher, âgé de six ans, n’était pas habitué aux aliments cuits, et, avec d’autres garçons, il se glissait furtivement dans la cuisine pour y voler de la viande congelée. Quand une des religieuses se rendit compte que les garçons raffolaient de la viande
crue congelée, elle prit l’habitude de leur en donner pour les régaler105. Peter Irniq (qui devint commissaire du Nunavut), né à Repulse Bay (aujourd’hui Naujaat), se rappelait que la nourriture qu’on leur servait au Turquetil Hall de Chesterfield Inlet sur les rives de la baie d’Hudson était « affreuse ». Bien que les membres du personnel du pensionnat aient servi de l’omble chevalier, « ils laissaient les entrailles dedans et ça
goûtait épouvantable. Et il fallait manger ça. On n’avait pas le choix de manger l’omble chevalier avec ses entrailles, voyez-vous ». Au pensionnat de Fort Alexander au Manitoba, Phil Fontaine, futur chef national de l’Assemblée des Premières Nations, refusa souvent de manger. « À la suite de ce coup
de tête, on commença à me surnommer le roi. Mais on ne tolérait pas les rois au pensionnat. Lorsque les enfants n’aimaient pas la nourriture, elle était jetée par terre. J’ai été forcé de manger à même le sol à une couple de reprises et on disait aux enfants de regarder le roi manger; donc, le roi mangeait. Je me sentais indigne et humilié. J’en vins à être terrorisé à la simple idée de manger ».

Les pensionnats se devaient d’être autosuffisants.Pendant la majeure partie de leur histoire, les garçons plus
âgés passaient une bonne partie de la journée à travailler sur la ferme. Dans certains cas, le sol était pauvre, les conditions météorologiques peu propices, et les garçons simplement trop jeunes pour être de bons agriculteurs. Mais dans d’autres cas, afin de recueillir des fonds, les pensionnats
vendaient une portion de la production agricole des élèves. Au pensionnat de Lytton en Colombie-Britannique, le beurre de la crèmerie était vendu avec les fruits et les légumes produits par la ferme, tandis que le pensionnat de Carcross avait l’habitude de vendre du lait et des oeufs à la collectivité locale. Dans de nombreux pensionnats, le lait était séparé de la crème, celle-ci était vendue et les élèves devaient se
contenter de lait écrémé. Un inspecteur du gouvernement se dit qu’il suffirait pour améliorer la santé des élèves de bannir les écrémeuses des pensionnats et de permettre aux enfants de boire du lait entier.


Le travail : « Trop de travail et pas assez d’enseignement. »


Pendant la majeure partie de leur histoire, les pensionnats indiens ont été tributaires du travail des élèves. Jusqu’aux années 1950, ils appliquèrent le système dit des « demijournées » conformément auquel les élèves plus âgés passaient la moitié de la journée en classe, tandis que l’autre moitié était prétendument consacrée à la formation professionnelle. De fait, cette formation consistait le plus souvent à travailler gratuitement pour le pensionnat. Les filles préparaient les repas, faisaient le ménage et fabriquaient et réparaient une bonne partie des vêtements des élèves. Les garçons étaient affectés aux travaux agricoles, élevaient les animaux, faisaient des réparations, exploitaient des ateliers d’habillement, et fabriquaient et réparaient les souliers. Souvent, les élèves n’apprenaient aucun métier, mais exécutaient plutôt les mêmes tâches laborieuses de façon répétitive.

Le travail domestique pouvait se révéler dangereux. En 1930, au pensionnat de Shubenacadie, deux
filles durent être transportées à l’hôpital après que le pétrin mécanique qu’elles nettoyaient eut été mis en marche. En 1941, une élève du même pensionnat fut hospitalisée après que sa main eut été happée par une essoreuse à rouleaux. 

Les élèves fuyards étaient punis et humiliés. En 1907, le directeur du pensionnat de Crowstand en Saskatchewan après avoir attrapé un groupe de garçons qui s’étaient enfuis, leur lia les mains ensemble et les obligea à courir derrière son buggy jusqu’au pensionnat. Des élèves qui s’étaient enfuis du pensionnat St. George en Colombie-Britannique furent enchaînés les uns aux autres et forcés de courir jusqu’au
pensionnat en avant du directeur. Dans d’autres cas, des élèves fuyards furent enferrés à leur lit. En 1941, un garçon qui s’était enfui du pensionnat de Gordon en Saskatchewan en raison de la crainte que lui inspirait le directeur mourut de froid

Ces incidents n’étaient malheureusement pas isolés. En 1921, une infirmière trouva au pensionnat de Crowfoot des garçons que l’on avait enchaînés à leurs bancs pour les punir, et un inspecteur signala au cours des années 1930 que tous les membres du personnel du pensionnat de Ahousaht étaient munis d’une courroie de cuir169. Au pensionnat de Calgary, tous les élèves furent mis au pain et à l’eau au début du vingtième siècle après que les mocassins d’une blanchisseuse eurent disparus

Les mauvais traitements : « Je me
sentais tellement déshonoré. »


En octobre 1990, Phil Fontaine, grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, demanda que le réseau des pensionnats indiens fasse l’objet d’une enquête nationale. Sa demande a retenu l’attention à l’échelle nationale, surtout après qu’il eut parlé des sévices sexuels dont il avait été victime
au pensionnat de Fort Alexander au Manitoba. Lorsqu’on lui demanda jusqu’à quel point ces pratiques étaient répandues, il répondit : « Si nous prenons comme exemple ma classe
de 3e année, en supposant qu’elle comptait vingt garçons, chacun de ces vingt garçons aurait vécu ce que j’ai vécu ». Le chef Fontaine parla aussi des sévices physiques subis par de nombreux élèves, et de la façon dont les pensionnats déprivaient les enfants de leur culture. Mais surtout, il parla des séquelles durables que les sévices ont laissées sur sa vie et celle des autres anciens élèves. Il espérait en brisant ainsi la glace qu’il serait par la suite plus facile pour les autres anciens élèves de parler des expériences qu’ils ont vécues.

Dans certains pensionnats, la violence sexuelle faisait partie intégrante de la culture institutionnelle. Moins d’une semaine après son arrivée au pensionnat à l’âge de sept ans, Greg Murdock de Fisher River, au Manitoba, fut violé par un groupe de garçons plus âgés. Lorsqu’il signala l’agression au personnel du pensionnat, les garçons lui donnèrent une raclée et le violèrent de nouveau. Concluant que le pensionnat
était incapable de le protéger, il renonça tout simplement à signaler les cas d’agression ultérieurs. Lorsque la violence sexuelle était devenue partie intégrante de la culture, l’intimidation était elle aussi répandue. Simon Baker, ancien élève du pensionnat de Lytton en Colombie-Britannique, écrivait : « Lorsque j’étais jeune, il m’est arrivé d’être battu par des garçons plus âgés parce qu’ils prétendaient que j’avais fait
quelque chose de mal ». Shirley Bear gardait un souvenir douloureux de son séjour au pensionnat All Saints de Prince Albert. « J’étais scandalisée par les bagarres et l’intimidation qui y avaient cours. J’ai appris à ne rien dire quand je savais qui avait transgressé les règlements ». Un ancien élève du
pensionnat de Williams Lake, qui avait été battu et agressé par d’autres élèves dans une cabine de toilette alors qu’il n’était âgé que de sept ans, déclarait : « Je me souviens avoir éprouvé un sentiment de disgrâce. J’imagine que je ne devais pas comprendre ce que c’était à l’époque, mais c’était douloureux et je me sentais tellement indigne ». Lorsqu’il rapporta au directeur ce qui s’était passé, l’élève se fit dire
de demander pardon. Un ancien élève du pensionnat de Grouard en Alberta avait l’impression que tout le monde se battait continuellement. « Vous étiez toujours entouré d’une clôture haute de dix pieds. Vous étiez comme des animaux en cage, j’imagine ». 

Dans de nombreux pensionnats, la nourriture servait de monnaie d’échange pour acheter l’amitié ou la protection. Phil Fontaine mentionnait : « Certains enfants n’ont jamais mangé de saindoux parce qu’ils ont dû s’assurer d’être protégés pendant toute la durée de leur séjour au pensionnat. C’était la même chose avec les fruits, vous pouviez acheter la protection d’un autre élève avec une pomme ». Au pensionnat de Kamloops, Andrew Amos « apprit à composer avec les petits durs qui nous harcelaient constamment et s’emparaient de nos suppléments de menu, tels que pommes, oranges ou même tranches de pain.

La résistance

Les pensionnats n’ont jamais cessé de susciter la résistance tout au long de leur histoire. Les parents faisaient des pressions en vue de la mise en place d’externats, d’internats
situés sur les réserves, d’une amélioration de la nourriture, d’un adoucissement de la discipline, d’une augmentation du temps consacré à l’éducation et d’une diminution du temps consacré aux corvées. Les élèves cherchaient constamment des façons de contrecarrer leurs enseignants, de manger mieux, d’alléger leur charge de travail et de retourner dans leurs familles. Cette résistance était dans une large mesure
passive, allant de la flânerie au retour des corvées au refus de faire ses devoirs. Mais elle pouvait aussi être agressive, les élèves et les parents en venant à confronter physiquement le personnel, et même, à l’occasion, destructive et dangereuse, les élèves mettant carrément le feu aux pensionnats. Bien
qu’elle ait pu permettre d’améliorer le système, cette résistance n’a jamais réussi à modifier l’équilibre des forces. Cette résistance – le refus d’être assimilé – se manifestait au sein de la communauté, en classe, dans la cour de récréation, dans la cuisine et aux champs. Elle a été une des principales raisons ayant amené les fonctionnaires fédéraux à finalement reconnaître que le réseau des pensionnats indiens avait irrémédiablement failli à sa tâche.

Commission de vérité et réconciliation du Canada