29 août 2014

Kauitatikurnat

Quand les caribous reviennent, ils ne sont plus que deux.
̶      Tu vois, dit l’un deux, je les avais prévenus qu’ils se feraient tuer.  Et maintenant nous ne serons jamais tranquilles…
Que les femelles caribous se mettent en rang ! ordonne-t-il.
Après qu’elles se soient placées comme il l’a demandé, il leur lance tous les sexes des caribous et, de nouveau, ils se retrouvent le même nombre qu’ils étaient avant.
̶      Nous avons été tués déjà, dit-il.
Le lendemain Kauitatikurnat va voir les loups.  Il les entend déjà hurler.  Quand il arrive sur la neige durcie, le bruit de ses pas faits shpah… shpah… shpah…
̶      Écoutez, dit l’un des loups, il n’a que deux pattes.  Il va nous tuer.  C’est le genre à tout anéantir sur son passage.
loup
Kauitatikurnat arrive de nouveau à un endroit où la neige est durcie par le vent et le froid… shpah… shpah…shpah… shpah…  C’est lui fait ce bruit.
̶      Le voilà ! disent les loups.
Il se dirige vers eux.  Sa tête est grosse, elle est surmontée d’une cime d’arbre qui a l’air de vouloir tomber.
̶      Si je criais, ça tomberait sûrement, dit un des loups.
Alors ils se précipitent vers lui, l’appelant et criant si bien qu’à un moment donné sa coiffure est sur le point de tomber.
̶      S’il court encore un peu, cela dégringolera probablement.
Et en effet, lorsque Kauitatikurnat arrive près d’eux, sa coiffure tombe presque.  Au moment où elle tombe pour de bon il est tout près d’eux et c’est alors qu’il décoche ses flèches sur eux tous.  Bientôt il ne reste plus que deux loups.
̶      Bon, c’est assez, tu nous as déjà presque tous tués, dit l’un d’eux.
À ces mots, Kauitatikurnat cesse de leur tirer dessus.
̶      Convenons, dit le loup, qu’à l’avenir, lorsque nous chercherons à tuer, nous crierons.  L’Indien de l’avenir pourra se fier à notre hurlement.  Et lorsqu’il cherchera lui-même sa nourriture, nous lui laisserons sa proie, nous ne l’importunerons pas.
queue-loup
Après ces paroles, Kauitatikurnat enlève la queue de tous les loups morts.  Puis il rentre chez les siens.  Il accroche les queues au bout de son arc et les met sur son épaule.  En arrivant il annonce :
̶      J’ai tué ceux qui avaient tué ton père.
̶      N’en as-tu pas trop tué ? lui est-il demandé.
̶      Non, dit-il, je ne les ai pas décimés, il en reste encore deux.  Je leur ai enlevé leurs queues une par une.
̶      Et tu ne les a pas apportées ?
̶      Si, je les ai, elles sont accrochées à mon arc.  Et il montre les queues des loups.
̶      Bon, on va se faire beaux, dit-il au caribou qui comme lui, n’a pas de panache.
̶      C’est moi qui commence ! de dire celui-ci.  Il fixe la queue d’un loup derrière sa cuisse et il se met à courir.
̶      Tu n’es pas très élégant ainsi, lui dit Kauitatikurnat.
̶      L’autre essaye la queue autour de son cou et court un peu.
̶      Comme cela non plus !
À chaque nouvelle tentative du caribou pour se faire beau :
̶      Non, ça ne marche encore pas !
Finalement il met la queue devant sa gorge.  Il court un peu sous les yeux de Kauitatikurnat, tenant la queue bien serrée contre sa gorge.
̶      Oui, c’est bien ça, c’est ainsi que vous la porterez, dit ce dernier.
Par Pierre CourtoisEnregistré par Agnès UapistanTranscrit par Pipin BaconTirée du livre ATANUTSHE, NIMUSHUM édité par Pipin Bacon et Sylvie Vincent