17 septembre 2014

Interconnexion entre la courge et la coccinelle

« Vous arrivez devant la nature avec des théories, la nature flanque tout par terre.  »

de Pierre-Auguste Renoir


Depuis 1981, on sait de quelle manière les végétaux communiquent entre eux pour se prévenir d’une attaque de parasites ou de prédateurs, et on a découvert leur système de défense et Végétaux .
Mais, presque aussitôt, la riposte des herbivores a été mise en évidence grâce à Epilachna undecimnotata. Plus connue sous le nom de coccinelle des courges. Cet insecte phytophage qui vit principalement au Mexique a posé aux zoologues un problème longtemps insoluble. On ne comprenait rien à ses habitudes alimentaires. Un rituel d’une complexité inouïe, accompli aussi bien par les sujets adultes que par leurs larves

Résidant habituellement sur des plants de courges, la coccinelle commence sa journée en creusant une tranchée circulaire dans les feuilles, de sorte que celles-ci ne soient plus reliées à la tige que par quelques points d’attache. Puis elle attend dix minutes, avant d’entamer son repas foliaire qui va durer deux heures. Le lendemain matin, elle recommence son travail de découpe sur son plat favori, mais à six mètres de distance.

Ce sont les botanistes qui ont fini par donner aux zoologues la clé de l’énigme. Pour se protéger de sa redoutable consommatrice, la courge attaquée se défend en rendant ses feuilles toxiques, par un enrichissement significatif de ses tanins. La coccinelle meurt empoisonnée dix minutes après le début de son repas, sauf si elle empêche la circulation de l’information dans la sève. C’est pourquoi elle isole de son environnement foliaire immédiat la partie qu’elle se propose d’ingérer. Le crénelage et les dentelures qu’elle effectue aux abords de la tige sont donc un véritable système de brouillage.Une procédure de déconnexion qui met dix minutes à devenir opérationnelle. Après quoi la plante, pour ainsi dire victime d’une anesthésie locale, ne sait plus qu’on lui mange sa feuille. Mais pourquoi, le lendemain, le repas de la coccinelle se déroule-t-il toujours sur une courge éloignée de six mètres ?

Tout simplement parce que l’information des feuilles détruites a fini par être perçue, et que la cucurbitacée a aussitôt réagi par deux moyens de représailles : l’empoisonnement de toutes
ses feuilles et l’envoi d’un message d’alerte à ses congénères, qui se rendent aussitôt pareillement toxiques. Un message chimique gazeux émis à une distance inférieure à… six mètres

Ainsi la télépathie végétale a-t-elle été vaincue par un insecte végétarien capable d’analyser, de calculer, d’anticiper et de neutraliser la contre-attaque de son adversaire. Une
interconnexion aussi subtile que celle des joueurs d’échecs. L’étape suivante ? Dans la logique de l’évolution, ce sera sans doute, pour la courge, un allongement de la distance de
diffusion de son message. Et, pour la coccinelle, l’augmentation proportionnelle du trajet qu’elle effectue d’un repas à l’autre.

1. Rémi Coutin, « Les coccinelles phytophages », in
Insectes, n
o 146, 2007.

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